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Félix GAILLARD 

GAILLARD (Félix)

Né le 5 novembre 1919 à Paris 8ème

Décédé le 9 juillet 1970 en mer au large de Lézardrieux (Côtes-du-Nord)

Député de la Charente de 1946 à 1958

Sous-secrétaire d'Etat aux affaires économiques du 26 novembre 1947 au 26 juillet 1948

Secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil du 11 août 1951 au 20 janvier 1952

Secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil et aux finances du 20 janvier 1952 au 8 janvier 1953

Secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil du 8 janvier au 28 juin 1953

Ministre des finances, des affaires économiques et du plan du 13 juin au 6 novembre 1957

Président du Conseil du 6 novembre 1957 au 14 mai 1958

Félix Gaillard est né à Paris le 5 novembre 1919. Sa famille paternelle, originaire de Lachaise près de Barbezieux, avait fait fortune dans le monde du cognac, sans dédaigner pour autant la recherche de mandats électifs. Ainsi, son arrière-grand-père, Pierre Gaillard, fut-il maire de Lachaise, conseiller d'arrondissement et conseiller général. A sa mort en 1875, son fils, lui aussi prénommé Félix, lui succède à l'Assemblée départementale jusqu'en 1886.

Félix Gaillard fréquente le cours Saint-Louis, puis le lycée Carnot. Bachelier en 1937, il s'inscrit à la faculté de droit et prépare le diplôme de l'Ecole libre des sciences politiques. Il participe à la Campagne de France et sort traumatisé de la défaite comme bon nombre de ceux qui eurent 20 ans en 1940. Au mois d'août, il est versé dans les Chantiers de jeunesse. Son biographe, F. Le Douarec, (Félix Gaillard, un destin inachevé, Economica, 1991) nous apprend qu'il ne fut pas insensible aux thèses de la Révolution nationale. Il adhère aux Compagnons de France, écrit quelques articles, puis prend de la distance avec Vichy. Il songe alors à s'assurer un avenir professionnel. Après avoir suivi une préparation à Clermont-Ferrand puis à Paris, Félix Gaillard intègre le corps de l'Inspection des finances en 1942 en compagnie de Jacques Delmas. Il noue alors des contacts avec la Résistance et, sous couvert de missions d'inspection, parcourt la France à la recherche de fonds pour financer les maquis et les réseaux. En février 1944, lors de la création du Comité financier de la Résistance, il est naturellement l'un de ses membres en compagnie de deux autres fonctionnaires : Jacques Delmas devenu Chaban, et Michel Debré. En avril 1944, principal collaborateur d'Alexandre Parodi à la Délégation générale du gouvernement provisoire du Général de Gaulle, Félix Gaillard est associé à toutes les mesures qui visent à rétablir la République dans ses droits, et l'Etat dans ses murs. Il est l'un des acteurs des journées héroïques de la libération de Paris, et reçoit à la préfecture de police le capitaine Raymond Dronne, premier officier de la deuxième DB à entrer dans Paris. On rapporta l'anecdote selon laquelle Félix Gaillard lui fit couler un bain dans la baignoire du préfet de police.

Le 9 décembre 1944, le Général de Gaulle remanie et élargit son gouvernement. Alexandre Parodi, nommé ministre du Travail, fait de Félix Gaillard son chef de cabinet mais pour peu de temps. En effet, sur les conseils d'Emmanuel Monick, Jean Monnet lui propose d'occuper auprès de lui les mêmes fonctions. A ce titre, il collabore à la mise sur pied du Commissariat au Plan, se dote d'une expérience internationale, fortifie au contact de Monnet sa foi dans la construction européenne. En dépit des satisfactions que le technicien trouve dans l'accomplissement de sa tâche, Félix Gaillard souhaite conquérir une légitimité démocratique en se présentant en Charente le 10 novembre 1946.

Le 2 juin 1946, la multiplication des listes au centre gauche n'avait pas autorisé en Charente l'élection d'un député radical. Aussi, les instances parisiennes du Parti radical et du Rassemblement des gauches républicaines ont-elles la sagesse d'imposer la candidature de Félix Gaillard, tout en évitant la formation d'une liste dissidente par Etienne Nouveau qui accepte finalement de figurer en deuxième position. Le Parti radical a alors le souci - plus que tout autre parti traditionnel - de s'ouvrir aux jeunes talents dans un esprit de renouvellement des générations et de reconquête du pouvoir. Félix Gaillard est représentatif de ces néo-radicaux qui ont remplacé l'anti-cléricalisme par la défense du libéralisme économique et l'anti-communisme. Le 10 novembre 1946, avec 25 363 voix sur 147 382 suffrages exprimés, Félix Gaillard est élu député. Il est nommé membre de la Commission des affaires économiques en 1946, des Commissions de la production industrielle et des territoires d'outre-mer en 1949, et surtout de celle des finances de 1949 à la fin de la législature. Il est, en outre, appelé à figurer sur la liste des jurés de la Haute cour de Justice. Technicien des finances, Félix Gaillard dépose sur le bureau de l'Assemblée propositions de résolution et rapports. Déjà sous le technicien perce le politique et le 6 mars 1947, il proteste contre la précipitation avec laquelle l'Assemblée est contrainte par le Gouvernement d'examiner le budget de reconstruction et d'équipement.

Au mois de juin de la même année, il réclame des économies dans le budget de l'Etat et s'insurge d'avoir à discuter du budget six mois après le début de son exercice. Le 1er juillet 1947, à l'occasion d'une interpellation sur la politique économique et financière, Félix Gaillard prononce au nom du R.G.R. sa première intervention du haut de la tribune. Il critique la politique menée par le gouvernement tripartite et, au nom du libéralisme, la trop grande intervention de l'Etat dans l'économie. Il appelle à un effort drastique de gestion des entreprises nationalisées, des dépenses de l'Etat, notamment de défense, pour desserrer le dirigisme afin d'augmenter la production.

Son travail en commission, ses interventions fortes et précises, ses prises de position dans la presse sur des sujets plus généraux conduisent naturellement Félix Gaillard a participer très rapidement au gouvernement. Le 26 novembre 1947, dans le cabinet Schuman, il devient à 28 ans sous-secrétaire d'Etat aux Affaires économiques. Il appartient à l'équipe de René Mayer, son véritable patron, alors ministre des finances. En dépit de son titre modeste, il exerce des responsabilités étendues dans le domaine économique et contribue à établir ce qu'on a appelé le Plan Mayer : celui-ci constitue un tournant dans l'histoire économique de la IVème République en fixant pour objectif le retour au libéralisme et la restauration des grands équilibres.

A la suite de la démission du Gouvernement le 20 juillet 1948, Félix Gaillard s'affirme comme l'un des parlementaires les plus actifs. Ses interventions se diversifient. Comme vice-président de la Commission des finances, il intervient naturellement dans les débats budgétaires, toujours dans le sens de l'orthodoxie financière, mais aussi dans les débats agricoles ou pour défendre les intérêts des producteurs de cognac. En 1951, lors de l'important débat sur la réforme électorale, à l'instar de son groupe, Félix Gaillard défend le scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Il fait partie en 1949 de la délégation française à la première session de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe. Quelques mois plus tôt, Félix Gaillard avait connu un échec électoral : il avait été battu par une candidate R.P.F. au siège de conseiller général qu'avaient occupé ses arrière-grand-père et grand-père.

Le 17 juin 1951, Félix Gaillard est réélu député avec une moyenne de liste de 25 626 voix sur 148 611 suffrages exprimés, lui-même en recueillant 27 210. La liste du R.G.R. est arrivée en troisième position derrière celles du P.C.F. et du R.P.F. et devant la liste socialiste. Félix Gaillard a fait campagne contre la double menace que représentent pour la Troisième force le R.P.F. et le P.C.F., pour l'arrimage de la France au môle atlantique, la nécessaire réforme de la fiscalité et de la sécurité sociale.

Félix Gaillard retrouve pour peu de temps la Commission des finances, car dès le 11 août 1951, il est nommé secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil dans le second gouvernement Pleven. Outre la représentation du chef du gouvernement devant les Assemblées, Félix Gaillard se voit confier la direction de la fonction publique et surtout la tutelle du Commissariat à l'énergie atomique. Avec Edgar Faure - qui succède à René Pleven - puis après Antoine Pinay, Félix Gaillard conserve son titre et les mêmes attributions auxquelles s'ajoutent les finances. Il joue alors un rôle important d'intermédiaire entre les directions des ministères économiques et le président du Conseil. En janvier 1953, dans le gouvernement formé par son mentor, René Mayer, Félix Gaillard demeure secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil mais perd ses attributions financières.

Sa participation aux cabinets de centre-droit de 1951 à 1953 offre à Félix Gaillard la possibilité de peser fortement en faveur du développement du Commissariat à l'Energie atomique. Sa capacité à élever sa réflexion au-delà des frontières de l'hexagone le persuade très vite que la maîtrise de l'atome à des fins civiles et militaires est la condition nécessaire pour renouer avec la grandeur et laver le traumatisme de la défaite de 1940. Déjà en 1949, le député était intervenu à l'Assemblée pour défendre le C.E.A. et son installation sur le plateau de Saclay. En juillet 1952, comme membre du Gouvernement, il propose au Parlement, qui l'accepte, un plan quinquennal de développement de l'atome donnant une accélération décisive aux recherches et les mettant à l'abri de l'inconstance parlementaire. Même quand il n'exerce pas de fonctions ministérielles, Félix Gaillard suit avec une attention toute particulière les travaux du CEA et le 18 mars 1955, il est nommé président de la Commission de coordination de l'énergie atomique.

Au cours de cette législature, Félix Gaillard vote à l'unisson de son groupe. Cependant, ses convictions européennes et atlantistes, son attachement quasi-filial à René Mayer ne l'inclinent pas à devenir l'un des plus fermes soutiens de Pierre Mendès France. Le 29 décembre 1954, lors de la discussion des Accords de Paris qui autorisent l'entrée de la RFA dans l'OTAN et son réarmement, Félix Gaillard rappelle sa déception à la suite du rejet de la Communauté européenne de défense (CED) et n'exonère pas le président du Conseil de toute responsabilité. Il met en garde l'Assemblée nationale contre le danger que représente pour notre sécurité une Allemagne qui a recouvré sa souveraineté et qui subit l'attirance de l'Est. Pour retrouver son unité, ne sera-t-elle pas tentée par le neutralisme ? A cet égard, selon lui, la CED offrait plus de garanties : aussi, le 29 décembre 1954, vote-t-il contre les Accords de Paris. Le 4 février 1955, à l'issue du débat sur la situation en Afrique du Nord, il vote contre la confiance à Pierre Mendès France.

Il soutient ensuite Edgar Faure, y compris le 29 novembre 1955 dans le vote de confiance sur le mode de scrutin et la date des élections législatives.

A la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale, Félix Gaillard se présente à nouveau aux suffrages de ses concitoyens. Il appartient à la coalition menée par Edgar Faure contre le Front républicain. Deux dangers menacent la liste du RGR : celui représenté par les poujadistes qui le conduit à interrompre les réunions publiques, et le saupoudrage des suffrages. Il y a ainsi cinq listes nouvelles dont une liste UDSR sur laquelle figure en deuxième position le propre frère de François Mitterrand, lui aussi originaire de Charente. La multiplication des listes, la conclusion de quatre apparentements aboutissent à la répartition des sièges à la représentation proportionnelle. Félix Gaillard améliore malgré tout son score puisqu'il retrouve son siège avec 32 636 voix pour une moyenne de liste de 28 933 suffrages exprimés sur 160 101.

Au Palais Bourbon, Félix Gaillard délaisse la Commission des finances pour la Commission de la défense et celle du suffrage universel et des lois constitutionnelles. A ce titre, il dépose, le 2 février 1956, une proposition de loi tendant à rétablir le scrutin majoritaire à deux tours, et, le 17 février, une proposition de révision de l'article 51 de la Constitution fixant les conditions préalables à toute dissolution. Le 10 juillet 1956, il défend longuement le projet d'Euratom : s'il en présente les mérites il insiste aussi sur la nécessité de ne pas se lier les mains en matière de fabrication d'armes nucléaires. Le 13 juin 1957, Félix Gaillard devient ministre des Finances, des Affaires économiques et du Plan dans le cabinet Bourgès-Maunoury. En cette qualité, il dépose dès le 20 juin un projet de loi d'assainissement économique et financier qu'il fit adopter à l'issue d'un débat long et difficile. Ce texte prévoyait une "opération 20 %" qui, menée avec succès, revint à opérer une dévaluation du franc.

A la suite de la démission de Bourgès-Maunoury sur la politique algérienne et du désistement de plusieurs caciques, le Président de la République appelle Félix Gaillard à former le gouvernement. Le 5 novembre 1957, il présente un programme comportant six axes principaux : assainissement de l'économie, lutte contre l'inflation, vote d'une loi-cadre pour l'Algérie, respect de nos engagements atlantiques, poursuite de la construction européenne, réforme des institutions. Ce programme ambitieux se veut à la hauteur des périls. Il implique qu'un contrat de majorité soit passé entre ceux qui investissent Félix Gaillard, qui a formé un cabinet de large union allant des indépendants aux socialistes en passant par les républicains populaires et les radicaux. A 38 ans, Félix Gaillard est le plus jeune chef de gouvernement depuis Bonaparte et le restera jusqu'à la nomination en 1984 de M. Laurent Fabius au poste de Premier ministre par François Mitterrand.

Le jeune président du Conseil tente d'appliquer son programme sans être toujours soutenu par sa majorité avec la fermeté requise par la gravité des événements en Algérie. Il pose la question de confiance dans la forme constitutionnelle pour faire adopter sa politique économique et financière : l'impasse budgétaire est ainsi ramenée à 600 milliards de francs ; il fait voter dès 1957 le budget de 1958, ce qui constitue un tour de force.

Sa participation aux affaires a convaincu depuis longtemps le député de la Charente qu'il fallait réformer les institutions pour remédier à l'instabilité ministérielle. Déjà en 1949, avait-il proposé de rétablir le décret de clôture des sessions parlementaires et de supprimer l'immunité parlementaire pendant les intersessions. Le 17 février 1956, il avait déposé une proposition de loi tendant à modifier l'article 51 de la Constitution relatif au droit de dissolution. Il proposait de rendre automatique la dissolution par le Président de la République après six mois de législature lorsque le pays connaît deux crises ministérielles en deux ans. En 1957, il fait adopter par le Conseil des ministres un projet portant révision des articles 17 (initiative des dépenses), 49, 50 (confiance et censure) et 51 de la Constitution. Certaines de ces dispositions ont été reprises par la Vème République, ainsi celle selon laquelle lors de l'engagement de responsabilité sur le vote d'un texte, la confiance serait automatiquement accordée au gouvernement à défaut du dépôt d'une motion de censure dans les vingt-quatre heures. Le 21 mars 1958, après des débats difficiles, l'Assemblée nationale approuve la révision par 308 voix contre 206. Mais les circonstances firent que le projet ne fut jamais examiné par le Conseil de la République.

Malgré ses qualités d'homme d'Etat, sa clairvoyance et son sens du bien public, Félix Gaillard fut impuissant à interrompre le cours inexorable de la décomposition du régime. Le jeudi 13 mars 1958, 5 000 policiers parisiens défilent contre le gouvernement au mépris du devoir de réserve. En ce qui concerne l'Algérie, Félix Gaillard fit certes voter le 5 février 1958, la loi-cadre qui établit notamment le collège unique et réaffirme l'appartenance de l'Algérie à la République française. Mais le bombardement du village tunisien de Sakhiet-sidi-Youssef par l'aviation française le 8 février 1958 précipite la chute de son gouvernement. Pour calmer l'émotion internationale, il commet la faute d'accepter la proposition anglo-américaine de mission de bons-offices. Le 16 avril, à l'issue d'un débat passionné, Félix Gaillard remet sa démission à René Coty. Jusqu'à l'investiture de Pierre Pflimlin le 13 mai, il gère les affaires courantes. C'est pendant cet intérim, qu'à la demande de son ministre de la Défense, Jacques Chaban-Delmas, il prend la décision capitale de faire procéder dès que possible à l'explosion d'engins nucléaires.

Le 1er juin, Félix Gaillard vote l'investiture du Général de Gaulle. Le 2 juin il accorde les pleins pouvoirs au gouvernement mais ne participe pas au scrutin sur la révision constitutionnelle car il désapprouve le dessaisissement du Parlement en matière institutionnelle.

Sous la Vème République, Pierre Gabelle est réélu député dans la 2ème circonscription du Loiret aux élections de novembre 1958.

Sous la Vème République, Pierre Gabelle est réélu député dans la 2ème circonscription du Loiret aux élections de novembre 1958.

Sous la Vème République, Félix Gaillard est réélu député dans la 2ème circonscription de la Charente aux élections de novembre 1958. Il conserve ce mandat lors des renouvellements de 1962, 1967 et 1968.