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La démocratie

2.- La naissance des Parlements

Assemblées délibératives réunissant les représentants du peuple, les Parlements sont les lieux de la parole publique où l’on consent l’impôt, où l’on vote la loi, où l’on contrôle le gouvernement. Les Parlements modernes, qui sont la marque de la démocratie représentative, se sont développés sur le modèle du Parlement anglais du XVIIIe siècle.

La démocratie représentative
Les démocraties modernes fonctionnent selon les principes de la démocratie représentative, même si la démocratie directe est occasionnellement pratiquée. Selon l'article 3 de la Constitution, " la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum ". La souveraineté peut être déléguée : en élisant des députés, le peuple souverain confie un mandat à ses représentants. Le Parlement représente la Nation : la souveraineté est nationale.

I. La souveraineté peut être déléguée

La notion de souveraineté déléguée recouvre la situation dans laquelle les gouvernés donnent mandat à des gouvernants, qu'ils élisent, pour agir à leur place, en leur nom et sous leur contrôle. Ainsi conçue, la démocratie représentative s’oppose à la démocratie directe, laquelle ne prévoit aucun intermédiaire entre le peuple et le gouvernement, toutes les décisions étant prises par l’ensemble des citoyens. Même si elle n’est pas facile à mettre en œuvre dans un grand pays, la démocratie directe n’a pas disparu. Le référendum, tel qu'il est prévu par l'article 11 de la Constitution française, permet, dans certaines conditions, de soumettre directement au peuple tel ou tel projet de loi. En Suisse, le référendum est de pratique courante et, dans certains petits cantons, les électeurs se rassemblent périodiquement en assemblée pour examiner et voter les lois ou élire les responsables du pouvoir exécutif local. Selon des modalités diverses, la pratique référendaire est également d'usage courant et se développe en Italie, dans d'autres pays européens et dans certains Etats américains.

Cependant, la démocratie représentative ou indirecte reste la règle dans les régimes contemporains. Elle repose sur le mandat dit " représentatif " par opposition au mandat " impératif ". Le député n’est pas soumis aux instructions de tel ou tel de ses électeurs. Il représente la Nation tout entière, sans limitation ni contrainte [cf fiche].

La démocratie directe comporte des avantages évidents, en donnant aux citoyens la possibilité d'influer directement sur certaines décisions et d'en prendre la responsabilité. Le développement des moyens d'information et l'élévation générale du niveau des connaissances permet de recourir à ce mode d'expression et de décision, avec beaucoup moins de risques que ce n'était le cas dans le passé. Pour autant, très souvent, les décisions à prendre sont complexes, les débats très techniques, les données à prendre en considération multiples ; le vote populaire et le débat public ne sont pas nécessairement propices à une décision sereine, nuancée et équilibrée. De plus, dans un pays de soixante millions d'habitants, comptant plus de quarante millions d'électeurs, on ne peut convoquer le corps électoral à tout propos, sur des sujets nombreux et très divers. La démocratie représentative reste une nécessité.

Fiche n° 1

Mandat impératif et mandat représentatif

Le mandat impératif

Dans Du contrat social (1762), Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) se montre critique à l’encontre de la théorie de la représentation, dont il considère qu’elle est une entreprise de destruction de la souveraineté populaire. Rousseau pense en réalité à la représentation au sens de l’Ancien Régime. Les représentants étaient alors titulaires d’un mandat impératif. Ils demeuraient par conséquent soumis aux instructions précises et ponctuelles de leurs mandants, dont ils n’étaient, au premier sens du terme, que les porte-parole révocables. Le mandat impératif est de nature purement personnelle, puisque les représentants étaient individuellement comptables d’engagements particuliers. C'est pourquoi, Rousseau n’acceptait pas un tel mécanisme politique qui lui semblait peu compatible avec la souveraineté populaire.

Le mandat représentatif

Le mandat représentatif est celui que nous connaissons dans le système institutionnel contemporain. Selon l'article 27 de la Constitution, " tout mandat impératif est nul " Le fait d’être l’élu d’une circonscription ne fait pas du député l’obligé de ses électeurs. Il est titulaire d’un mandat de représentation de la Nation tout entière, donc du peuple dans son intégralité. A certains égards, cette conception globale de la représentation nationale renoue, sur le plan des principes, avec les exigences de la théorie rousseauiste. En effet, elle sauvegarde le caractère indivisible de la souveraineté.

Fiche n° 2

Le Parlement représente la Nation

Pour que le phénomène parlementaire se développe en France, après la Révolution, il fallait que l’hostilité de principe contre l’idée de représentation soit dépassée. Cette étape, décisive pour l’histoire constitutionnelle, fut franchie notamment grâce à l’œuvre de Sieyès. L’auteur de Qu’est ce que le tiers-état ? mais aussi de Préliminaires de la constitution française, développe la thèse selon laquelle la souveraineté n’appartient pas au peuple, comme le soutenait avec force Jean-Jacques Rousseau, mais à la Nation. Les parlementaires, même s’ils sont désignés par le peuple, représentent la Nation, laquelle, selon Sieyès, est constituée du tiers-état mais exclut les autres ordres. Les représentants, les organes de la Nation, " votent pour la Nation tout entière ". Ils disposent d’un mandat représentatif . Les lois votées par l’Assemblée nationale sont, par conséquent, votées par la Nation elle-même.

II. Les premiers parlements

Dans le monde entier, l'institution parlementaire contemporaine est très directement inspirée du Parlement britannique, tel qu'il s'est affirmé au XVIIIe siècle. En 1782, la Chambre des Communes contraint le gouvernement britannique à démissionner, instaurant ainsi le principe de la responsabilité du gouvernement devant le Parlement, fondement du régime parlementaire. Le Parlement anglais a inspiré tous les régimes parlementaires. Le parlementarisme correspond à un ensemble de critères, dont celui de la responsabilité du Gouvernement devant le Parlement. Les États généraux en France constituaient l'ébauche inachevée d'un Parlement.

L'assemblée des hommes libres, l'Althing, s'est réunie pour la première fois en Islande, en l'an 960 de notre ère. Le Parlement britannique a commencé d'exister au XIIIe siècle. Mais, on considère généralement que le parlementarisme, comme forme de gouvernement, est né en Angleterre en 1782. Cette année-là, en effet, le Parlement impose, pour la première fois, la démission de l’intégralité d’un gouvernement - le cabinet de Lord North - qui avait pourtant la confiance du roi. Cet " accident " de politique  intérieure britannique est de première importance pour l’histoire politique. Au-delà de ses conséquences sur l’équilibre des pouvoirs au sein de la monarchie britannique, il est la première manifestation du principe de responsabilité solidaire d’un gouvernement devant un Parlement. Le régime parlementaire est né : un gouvernement ne peut se maintenir contre la volonté du Parlement.

Le Parlement anglais : histoire d’une montée en puissance

Ce n’est pas le fait du hasard si le parlementarisme est né en Angleterre. Depuis le XIIIe siècle, l’institution parlementaire britannique n’a jamais cessé d’accroître progressivement sa puissance face au roi. Quelques grandes dates marquent cette évolution :

  • 1215 : le roi Jean sans terre est contraint par la Grande Charte de reconnaître le droit de pétition et le droit de consentir l’impôt à la Curia major, c’est-à-dire au conseil des vassaux du royaume.
  • Dès 1265 et définitivement à partir de 1295, le conseil s’élargit et accueille deux chevaliers par comté. Il prend le nom de  Model Parliament  ( le parlement modèle ).
  • Vers 1340, le Parlement se réunit séparément en deux chambres : la Chambre des Lords et la Chambre des communes. Cette dernière, qui représente le " commun état ", se donne un " speaker " en 1377. Le " speaker ", au départ porte-parole auprès du roi, devient un authentique président.
  • La puissance du Parlement est grande dès le XIVe siècle. Il contraint, par exemple, le roi Edouard II à l’abdication en 1327.
  • Dès 1462, les membres du Parlement rédigent eux-mêmes les projets de loi (" bills "). En cas d’accord entre la Chambre des Lords et la Chambre des Communes, le roi se borne à promulguer le texte de loi (" law ").
  • Le XVIIe siècle est une période de tension extrême entre le Parlement et le roi. La monarchie absolue, dont les rois Jacques Ier (1603-1625) et Charles Ier (1625-1649) entendent bien utiliser toutes les prérogatives, doit finalement céder devant le Parlement. En 1640, ce dernier obtient du roi qu’il abandonne ses pouvoirs discrétionnaires de convocation et de dissolution du Parlement. S’ouvre alors la période dite du Long Parliament  ;convoqué par Charles Ier en 1640, il refuse les subsides, fait la guerre au roi et, finalement, est cassé par Cromwell. Après avoir tenté – en vain – de faire arrêter les responsables de l’opposition au sein du Parlement, le roi Charles Ier est arrêté et exécuté (1649).
  • 1er mai 1660 : la déclaration de Breda met fin à la dictature installée par Cromwell, rétablit la monarchie et restaure le Parlement dans ses droits.
  • Après la révolution de 1688, le pouvoir du Parlement s’accroît encore. C’est le Parlement lui-même qui donne la couronne au nouveau roi Guillaume II et qui, ainsi, prend la responsabilité du changement de dynastie. Le monarque est roi non par l’hérédité, mais par la volonté du Parlement.
  • En 1714, avec l’accession à la couronne de la famille de Hanovre, le pouvoir royal s’affaiblit face, d’une part, à un Parlement toujours plus puissant et, d’autre part, à des ministres qui gagnent peu à peu en indépendance par rapport au roi.
  • En 1782, le cabinet de Lord North, mis en cause sur la politique décidée par le roi, se retire collectivement. C’est la première fois que l’ensemble des ministres démissionne, mettant ainsi en évidence le principe de solidarité, comme accessoire indispensable au principe de responsabilité gouvernementale.

Le développement du parlementarisme

A partir de l’expérience anglaise, le parlementarisme s’est développé à travers le temps et les continents, pour devenir la principale forme de régime politique. Il réunit généralement trois caractéristiques essentielles :

  • le principe de la responsabilité du gouvernement devant le Parlement ; mais l'existence d’un pouvoir de dissolution du Parlement entre les mains du chef de l’Etat constitue également l'un des critères essentiels.
  • la collaboration des pouvoirs exécutif et législatif et la possibilité pour l’un de peser sur le devenir de l’autre. Cette caractéristique l’oppose au système dit présidentiel – dont la constitution américaine demeure l’exemple le plus accompli. 
  • un pouvoir exécutif partagé entre un chef de l’État, dont le mandat ne peut pas être remis en cause par le Parlement, et un gouvernement dont l’existence repose sur la confiance de la majorité parlementaire. Le gouvernement est l’institution qui permet la collaboration entre les pouvoirs exécutif et législatif. Selon les cas, les pays et les époques, le Chef de l'Etat peut disposer de pouvoirs réels, essentiellement d'arbitrage, ou ne jouer qu'un rôle de représentation de l'État et de la nation.

Fiche n° 3

Le régime présidentiel

La constitution américaine offre l’exemple type du régime présidentiel. Les pouvoirs sont séparés, sans possibilité d’action décisive de l’un sur l’autre. Le Président ne peut dissoudre le Parlement et ce dernier ne peut mettre en cause l'existence du gouvernement.

Le pouvoir exécutif est exclusivement détenu par le président

Il n'y a pas de premier ministre ou de président du Conseil. Le président est investi de l’intégralité du pouvoir exécutif. Il nomme librement des ministres (des " secrétaires " dans la terminologie américaine) qu’il peut révoquer. Ces ministres ne constituent pas un gouvernement, au sens où aucune solidarité ne les relie à leurs collègues. Ils n’ont pas accès au Congrès. Celui-ci ne peut obtenir leur départ, comme il ne peut contraindre le président à la démission. Toutefois, le Parlement peut mettre en cause la responsabilité pénale du Président et des secrétaires, par la procédure dite de l’ impeachment . Ainsi, en 1974, le Président Nixon dut démissionner, avant que la procédure d'impeachment n'aboutisse, dans le cadre du scandale du " Watergate ". En 1999, une procédure d’impeachment déclenchée à l’encontre du Président Clinton au sujet de sa vie privée a échoué. Cependant, la nomination des secrétaires d'État et des hauts fonctionnaires est toujours subordonnée à l'approbation du Sénat.

Le Congrès est composé de deux chambres, élues au suffrage universel direct

Le Sénat réunit deux sénateurs par État ; la Chambre des représentants compte un nombre de membres proportionnel à la population de chaque État. Le Président ne peut en aucun cas les dissoudre. Il dispose simplement d’un droit de veto lui permettant, dans certaines conditions, de s’opposer à une loi votée par le Congrès. L'initiative des lois appartient exclusivement aux membres du Congrès.

Fiche n° 4

Les états généraux en France

Les états généraux sont convoqués pour la première fois en 1302, par Philippe Le Bel. A l'époque, il s'agit d'une réunion de grands dignitaires du royaume. Ce n'est qu'à partir de la seconde moitié du XIVe siècle que les députés aux états généraux sont élus, par les états provinciaux ou par les baillages. L'élection est organisée séparément pour chacun des trois grands ordres : clergé, noblesse et tiers-état. Les états délibèrent par ordre. Après plusieurs réunions annuelles (entre 1355 et 1359), les états généraux ne se réunissent plus qu'épisodiquement au XVe siècle (en 1439, 1468, 1484), en dépit de demandes réitérées de sessions périodiques adressées au roi et restées sans effet. En principe, l'autorisation des états est nécessaire pour lever de nouveaux impôts ; en pratique, le roi s'y soustrait souvent.

Au XVIe siècle, les états généraux sont de nouveau convoqués, essentiellement à propos des questions religieuses. Ils se réunissent à Orléans en 1560, à Blois en 1576 et 1588 et à Paris en 1593.

Les états généraux sont de nouveau convoqués en 1614, essentiellement à la demande des princes, à propos de la vénalité des offices. Les états rassemblent 135 députés du clergé, 138 issus de la noblesse et 187 représentants du tiers-état. Ils se séparent en mars 1615, sans résultats tangibles, et ne se réuniront de nouveau qu'en 1789 [Lien vers : 1789]. Une demande de réunion des états généraux, assortie d'un projet de gouvernement des états généraux, échoua en 1651-1652.

Bien qu'ils aient souvent tenté d'exercer un rôle politique, les Parlements d'ancien régime étaient des institutions judiciaires, composées de magistrats, et non des assemblées représentatives.

-> 3. La démocratie aujourd'hui